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L'Olympique de Marseille a une histoire
riche et mouvementée. C'est une des équipes françaises les plus titrées. Le club
a remporté une coupe de France en 1989 et une coupe des champions en 1993 (voir
photo de gauche, Didier Deschamps). L'OM a connu les plus grands joueurs
internationaux de ce siècle et connaîtra sûrement ceux du siècle
prochain.
La nuit doucement tombe sur le siècle et déjà
naissent les premières lueurs d'une aube nouvelle. Eté 1889 : autour de quelques
acres de pelouse, sur l'hippodrome du Parc Boléry, une poignée de badauds en
haut- de-forme assiste à de curieux ébats. Des hommes jeunes, vêtus de flottants
de flanelle, tapent du pied dans un étrange ballon rond. Rond. La forme étonne,
car en ces temps reculés, le rugby règne en maître sur Marseille. Depuis une
dizaines d'années, plusieurs «sociétés sportives»
ont éclos aux quatre coins de la ville et l'ovale en demeure leur plus noble
fleuron. Mais, revenu d'Angleterre, où il s'était rendu pour parfaire sa
formation d'assureur, René Dufaure de Montmirail, séduit par les atours du
football, décide bientôt d'adjoindre bientôt cette discipline au cercle qu'il a
fondé quelques mois plus tôt, le FC Marseille. Et soucieux de faire peau neuve,
déjà convaincu qu'il fallait offrir à ce sport un écrin magnifique, il décide
déposer les statuts d'un nouveau club. Ils sont acceptés par le préfet en août
1899. C'est la naissance de l'Olympique de Marseille.
 La tenue est blanche symbole de pureté, la devise est celle
du FCM ("Droit au but") et la cotisation fixée à trois francs par mois.
Plusieurs membres éminents du feu FC Marseille en rejoignent les rangs, à
l'image du capitaine Fernand Bouisson, futur maire d'Aubagne (il donnera
également son nom au stade de l'Huveaune, où évoluait l'OM avant la construction
du Vélodrome), ou d'Harry Baur, qui deviendra un
célèbre acteur de cinéma. Au sein du club Omnisport, les premiers dribbles des
footballeurs sont toutefois hasardeux. En janvier 1900, pour le premier match de
l'histoire de l'OM, ils ne sont que... neufs joueurs pour affronter l'Union
Sportive Phocéenne ! Ce qui n'empêche pas les Olympiens de surclasser leur
adversaires (4-0), puis de remporter dans la foulée, le championnat du littoral.
 Mais il faudra attendre près d'un
quart de siècle, pour ouvrir la première page d'un glorieux livre d'or. Le 13
avril 1924, l'OM se présente sur la pelouse du stade de Colombe pour y affronter
l'irrésistible FC Sète en Finale de la Coupe de France. L'équipe marseillaise
est superbement emmenée par Edouard ("Doudou") Crut et Jeannot Boyer. En cette
période de soit disant amateurisme, les deux internationaux, officiellement
courtiers en grain, sont en réalité des professionnels avant l'heure. Et ce sont
eux (deux buts de Crut, un de Boyer) qui donnent l'historique victoire (3-2
après prolongation) à l'OM, premier club provincial à remporter la prestigieuse
épreuve. Le retour à Marseille est triomphal.
Dès leur descente du train, les
joueurs sont portés en triomphe, de la gare Saint-Charles à la Canebières en
fête. Et le lendemain, par grappes enthousiastes, les supporters défileront chez
Charly, un estaminet de la place Castellane, où Dame coupe est exposée  Exquise maîtresse, elle s'offre à nouveau à l'OM en 1926 (33
buts en 6 matches!), 1927 et 1935 (avec le fameux tandem «Pepito» Alcazar- Willy
Kohut). Cette année là, deux hommes signent le première license dans un club
qu'ils marqueront de leur empreinte; Mario Zatelli et Jean Robin. Le premier,
fils d'un cafetier romain émigré en Afrique du nord, a été ramené de Casablanca
par le vice-président de l'OM, Charles Elkabbach (le père du futur journaliste,
Jean -Pierre. Fringant avant-centre de l'USM, il se voit proposer un contrat
irifique dans un pays qui vient ler dans l'aventure du professionnalisme.
Coulant désormais une paisible retraite à
Saint-Maxime, il se souvient avec émotion de cette épique époque «En débarquant
à l'OM, je ne pensait pas que j'allais lui consacrer 40 ans de ma vie, comme
joueur, entraîneur puis "pompier de service", prêt à voler à sa rescousse à
chaque fois que le besoin se faisait sentir. Mais j'ai très vite compris que le
club était mythique, unique. Et que ceux qui y goûtent un jour ne peuvent plus
s'en passer. Il n'existe pas en France un autre club comme celui-là, à
l'histoire aussi inépuisable et passionnée. L'OM, ça ne se raconte pas. Ou
plutôt si : ça ce raconte, mais ça ne peut pas s'expliquer, c'est le triangle
des Bermudes, le cap des tempêtes ! Ceux qui ne savent pas y naviguer s'y
perdent à cors et biens.»
 A peine arrivé, Zatelli remporte le titre de champion de
France 1937 («Cette année là, je plante 28 buts et je finis deuxième du
classement des goleadors !», puis la Coupe l'année suivante. «Le matin de la
finale je me suis réveillé avec 40 de fièvre. L'infirmière qui m'a visité a dit
à mon capitaine, Jeannot Bastien, que je ne pouvais pas jouer. Et il lui a
répondu : "Il crèvera peut-être sur le terrain mais il va jouer ! Même à
l’agonie, on ne se passe pas du maillot de l’OM". " Il a joué et l’OM a remporté
son cinquième trophée. Dans le but, Bezerra de Vasconcellos, dit " le Jaguar ",
a fait des miracles. Le folklorique et exotique portier brésilien (il allait
jusqu’à proposer, en cours de match, des paris à ses adversaires sur leurs
chances de le battre !) fut la première star taillée sur mesure pour l’OM : à la
fois talentueuse et pittoresque. Pendant ce temps, Jean Robin balbutiait ses
premiers dribbles olympiens.
Aujourd’hui, des tiroirs de son appartement,
avenue de Mazargues, surgissent quelques vieux cahiers entretenus avec soin
depuis plus de soixante ans, émouvante mémoire d’une vie consacrée au maillot
blanc. " Le jour de ma naissance, mon père, qui était dirigeant du club, est
descendu me déclarer à la mairie. En chemin, il est passé devant le siège de
l’OM et il en a profité pour me déclarer d’abord là-bas, ce qui fait que je suis
Olympien avant d’être Français ! " Le jour de l’inauguration du stade vélodrome,
en juin 1937, il est choisi pour défiler à la tête des jeunes du club. Six ans
plus tard, il remporte la Coupe de France sous la tunique de son équipe adorée
(2-2 puis 4-0 contre Bordeaux, avec deux buts du dynamiteur Manu Aznar : l’un de
ses tirs troue les filets du Parc des Princes !). C’est la guerre. L’OM la
traverse en corbillard (" C’était le moyen le plus économique pour nos
déplacements : huit joueurs par voiture et les sacs de sport à la
place du cercueil ! "), fait jouer dans son équipe le futur président de la
République algérienne (Ahmed Ben Bella : un match, un but avec l’OM !),
travaille à l’Huveaune sous le regard des soldats allemands (" lls
s’entraînaient parfois avec nous "), les dribble habilement (" L’un de nos
joueurs, Weiskopf, qui était juif, avait changé de nom et se faisait appeler
Virage. Il n’a jamais été ennuyé! "), sans pouvoir hélas ! toujours échapper à
la fatalité (" Notre inter, Willie Heiss, pourtant naturalisé Franqais, a été
enrôlé de force dans la Wehr-macht. Il
revenait parfois nous voir, tristement, sous l’uniforme vert de gris. Il s’est
fait tuer en Afrique ").
 Mais la Libération fait souffler sur la France un vent
d’euphorie. Dans le tourbillon de la divine bourrasque, " l’Ohème " s’octroie le
titre de champion en 1948, sans savoir qu’il faudra patienter plus de vingt ans
avant de goûter à nouveau à l’ivresse du triomphe. Car, malgré la présence, dans
ses rangs, du prolifique buteur suédois Gunnar Andersson (186 réalisations en
huit saisons) à la démarche en canard (les supporters l’avaient baptisé " dix
heures dix ") et une finale de Coupe perdue face à Nice (1954 : l’équipe
olympienne, prise dans les embou- teillages parisiens, n’était arrivée à
Colombes qu’un quart d’heure avant le coup d’envoi !), l’OM végète. Le club
évite une première fois la relégation en 1952 (sauvé en barrages) avant de
terminer dernier en 1959, descendant ainsi en D2 pour la première fois de son
histoire. Voici venue l’heure des vaches maigres.
De crise en crise, joueurs, présidents et
entraîneurs se succèdent (une constante typiquement marseillaise : 54
changements d’entraîneurs en 66 ans, depuis l’instauration du
professionnalisme...) pour conduire le club au bord du gouffre : il boucle la
saison 1964-1965, celle du désarroi, à la 14ème place du Championnat de D2.
L’Olympique de Marseille, au bord du dépôt de bilan, se meurt dans l’in-
différence générale : on dénombre 434 spectateurs au Stade-vélodrome le 23
avril 1965 et 758 pour la venue de Besançon, deux semaines plus tard... Eté
1965. Mario Zatelli, qui a succédé à Jean Robin, dirige un semblant
d’entraînement à l’Huveaune. Il se souvient : " J’ai vu débarquer un type qui
s’est approché de moi et m’a dit : "Monsieur Zatelli ? Je suis Marcel Leclerc et
il se pourrait bien que je reprenne l’OM". Puis il m’a de- mandé de combien de
joueurs disponibles je disposais pour démarrer la saison. Je lui ai répondu :
"Cinq". Et bien, en quelques jours, le nouveau patron a monté une équipe et l’OM
était bien sur le terrain pour affronter Grenoble lors de la reprise. On avait
même deux remplaçants. Plus qu’un luxe : un vrai miracle ! Je me rappelle que
Viaene, qui avait abandonné le football pour travailler comme garçon de café,
avait accepté de rechausser ses crampons pour sauver le club ". Devenu
président, ambitieux, malin et passionné ("c’était un Tapie avant l’heure, mais
avec moins de moyens ", dit Zatelli), Marcel Lecierc ouvre grand son
portefeuille et celui de la municipalité (le maire de Marseille, Gaston
Defferre, est intronisé " maire de l’OM "!).
 L’équipe remonte en 1966, se renforce considérablement
(Skoblar et Magnusson, pour ne citer qu’eux, duo de légende et idoles de toute
une ville), rem- porte la Coupe de France en 1969, le titre de champion en 1973
et réalisé le doublé en 1972 ! " Franchement, poursuit Mario Zatelli, s’il
fallait sortir une seule formation de l’histoire de l’OM, et malgré tout le
respect que j’ai pour les champions d'Europe en 1993, je choisirais celle du
doublé 72. Quelle équipe! Quelle mentalité ! Quel talent ! Et que du naturel,
vous pouvez me croire. A l’heure où le dopage est d’actualité, je peux vous
assurer que ces garçons-là, ils ne marchaient qu’à la Laroscorbine ! Un comprimé
de vitamines à chaque match et ils renversaient tout sur leur passage !
"Le cyclone balaye les terrains, celui du
pouvoir efface Leclerc. Jalousé, accusé de malversations, il est bientôt poussé
vers la sortie. Juillet 1972 : " le patron " s’en va, le club amorce une
nouvelle descente aux enfers qui conduira, après une brève éclaircie (deuxième
du Championnat en 1975 avec Jaïrzihno et Paulo Cesar, vainqueur de la Coupe
l’année suivante), en D2 (1980), puis à la liquidation judiciaire. Le 7 avril
1981, la nouvelle tombe laconique, cruelle, terrible : l’entraîneur Albert
Batteux, son staff et treize joueurs Pros sont mis au chômage technique. C’est
fini: l’OM n’existe plus.
 Ce qui m’a toujours frappé dans l’histoire de l’Olympique
de Marseille, dit Jean-Michel Roussier, l’actuel président- délégué, c’est sa
capacité à rebondir, même dans ses périodes les plus noires. " Cette fois, le
club est sauvé en coulisses par la municipalité, par le patron de la LNF, Jean
Sadoul et, sur le terrain, par de jeunes footballeurs marseillais qui vont
écrire la belle épopée des "minots ". Parmi eux, Eric Di Méco, qui remportera la
coupe des chmpions avec l’OM en 1993, mais aussi Jean- Charles De Bono.
Aujourd’hui employé à la bibliothèque municipale Saint-Charles, il se souvient
de la fantastique aventure : " Au centre de formation, nous étions une bande de
copains. On avait gagné la Gambardella deux ans plus tôt et on jouait en Réserve
lorsqu’on est venu nous voir en disant : "les gars, il faut que vous sauviez
l’OM". On a répondu : "pas de problème".
Tu parles, pour des Marseillais comme nous,
c’était une mission sacrée. Ici, l’OM, c’est un véritable patrimoine culturel,
Total, on n’a pas perdu un seul des six derniers matches de la saison et le club
a pu repartir. Du coup, on nous a fait signer un contrat Pro : 4 400 francs net
par mois plus les primes : 800 francs pour une victoire à domicile et 1 200 pour
un succès à l’extérieur ! Tout juste de quoi changer ma Fiat126! Mais nous, on
s’en moquait, on jouait pour la ville, pour le maillot.C’est la seule fois, dans
l’histoire de l’OM, que tout Marseille était sur la pelouse. C'était une époque
formidable, il y avait une véritable communion entre les joueurs et supporters,
parce que nous étions des leurs. Je suis très fier d'avoir été un «Minot», parce
que sans nous l'OM ne fêterait certainement pas son centenaire cette saison !».
La joyeuse troupe se disperse le lendemain de la montée en D1 (1984), peu de
temps avant la venue aux commandes du club d'un homme qui allait en boulverser
le destin : Bernard Tapie.
 Entre son arrivée tonitruante et son pitoyable départ, tout
au long du chemin qui le conduira du tapis rouge à la prison, le très médiatique
et très controversé «Wonderman» va faire, de Marseille-la-rebelle, la
nouvelle capitale du football, s'appuyant sur la philosophie des «3R» : Rêves,
Résulats, Risques. Le rêve, c'est la promesse (tenue) d'un jeu flamboyant avec
le recrutement, par vagues sucessives, de ce qui se fait de mieux en matière de
football, tant au niveau des joueurs (Giresse, Papin, Förster, Allofs, Cantona,
Deschamps, Desailly, Amoros, Tigana, Mozer, Waddle, Pelé, Boli, Barthez, Völler,
Boksic et tant d'autres) que du staff technique (Beckenbauer, Goethals...). Les
résultats, ce sont cinq titres consécutifs de champion de France (mais l'OM sera
destitué de celui de1993), une Coupe de France et, surtout uneCoupe d'Europe des
clubschampions (en 1993, après une première finale perdue deux ans plus tôt), la
première jamais remporté par un club français. Le risque, enfin, ce sont les
méthodes employés pour parvenir au sommet. L'affaire «VA-OM», et ses relents de
corruption, marque le début de la fin. En fouillant la gestion de l'OM version
BT, la justice met à jour certaines pratiques illégales. Le
scandale est retentissant et dépasse largement les frontières de la douce
Provence. " On peut raconter tout ce que l’on voudra sur Tapie, dit aujourd’hui
Jean- Philippe Durand, mais, au bout du compte, même si sa politique n’était
qu’à court terme, il a fait progresser l’OM et l’ensemble du football français.
Maintenant c’est vrai, lorsqu’il y a faute, il faut payer. " Bernard Tapie paye.
Cher. L’OM paye aussi. Cher. Privé de Supercoupe d’Europe et de Coupe
Intercontinentale, puis rétrogradé en D2 par les instances dirigeantes du
football français, le club, exsangue, dépose le bilan en avril 1995. Une fois de
plus, comme une implacable malédiction, il est au bord du
précipice...
Et une fois de plus, il va revivre. La
mairie et les pouvoirs publics, appuyés par des investisseurs privés, se
mobilisent. La modification de ses structures juridiques (SEM, puis SAOS, en
attendant la SA) et l’arrivée de personnages de poids tels que Jean-Michel
Roussier puis Robert-Louis Dreyfus (le patron d’Adidas) assainissent et
redressent un club qui retrouve l’élite en 1996 et, dès lors, va se développer
de façon fulgurante. " Il y a désormais une réelle volonté de construire de
façon durable ", explique l’ancien capitaine olympien Jean-Philippe Durand, l’un
des 120 salariés de l’OM du renouveau. Car le club aux 39 909 abonnés, dans une
logique de victoire autant que de modernité mène de front, avec rigueur et brio
une politique s’appuyant à la fois, un programme sportif et un pro d’entreprise
(" Développer autant que possible les recettes récurrent et les rendre
suffisamment pérennes pour asseoir Ia solidité de l’OM ", dixit Roussier)
ambitieux, s’inscrit clairement dans une stratégie marketing bien arrêtée
(création d’OM-Exportation qui " commercialise " notamment la marque OM : 35 MF
de chiffre d’affaire pour la merchandising la saison passée, 50 prévus cette
année; lancement d’OM-TV (chaîne 100% OM) et s’apprête à entrer dans le
troisième millénaire footballistique, celui la Superligue, avec
sérénité.
 Personne ne peut douter de l’avenir de l’Olympique de Marseille ", assure
Roussier, qui a choisi, comme élément de communication, un bien joli slogan: "
L’OM, fournisseur officiel d’émotions ". Et, rêveur, de formuler un voeu: "
Remporter le titre l’année de notre centenaire, voilà une belle symbolique
".Oui, vraiment, ce serait beau. Pour Marseille, l’amour et la passion qu’elle
génère, pour le peuple olympien, pour les pionniers aux flottants de flanelle,
tous les héros, heureux ou malheureux, qui ont fait la riche histoire d’un club
unique et merveilleux. Une histoire qui s’écrit en lettres d’or, la couleur du
maillot créé pour la saison du centenenaire. La couleur des champions... ".
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